Cet article fait partie d’une série consacrée au journaling. Chaque texte explore un aspect différent de cette pratique, à lire dans l’ordre ou selon ce que tu traverses en ce moment.
- 1. Quand écrire devient une manière d’habiter sa vie
- 2. Quand le journaling prend des formes multiples, selon ce que tu traverses
- 3. Quand l’envie d’écrire est là, mais que le premier pas reste flou
- 4. Quand le journaling apaise le tumulte intérieur
- 5. Quand le journaling accompagne les changements qui s’installent
- 6. Quand le journaling soutient l’apprentissage vivant
- 7. Quand le journaling aide à revenir à l’instant présent
- 8. Quand le journaling rouvre l’espace à la créativité
- 9. Quand le journaling trouve doucement sa place dans le quotidien
- 10. Quand le journaling accompagne un esprit qui fonctionne autrement
Tu peux commencer par le premier article ou te laisser guider par celui qui résonne le plus avec ton état intérieur du moment.
Il existe des esprits qui ne se posent jamais vraiment.
Même dans le calme, quelque chose continue de bouger. Les pensées se succèdent, parfois trop vite, parfois toutes en même temps. L’attention glisse d’un sujet à l’autre, s’accroche intensément à certains détails, puis se disperse sans prévenir.
Ce fonctionnement n’est pas un défaut.
Il n’est pas non plus un problème à résoudre.
Mais il peut être épuisant à vivre, surtout dans un monde qui valorise la constance, la linéarité et la capacité à rester concentrée longtemps sur une seule chose.
Pour ces esprits-là, le journaling peut devenir un allié particulier.
Non pour les canaliser, ni pour les corriger, mais pour leur offrir un espace où ils peuvent exister sans se justifier.
Vivre avec une attention en mouvement constant
Quand l’attention fonctionne autrement, le quotidien demande souvent plus d’énergie qu’il n’y paraît.
Il faut sans cesse se réajuster. Revenir à ce que l’on faisait. Se rappeler où l’on en était. Composer avec des élans soudains, suivis de pertes d’intérêt tout aussi rapides. Supporter le bruit intérieur, même dans le silence.
Cette agitation n’est pas toujours visible. De l’extérieur, tout semble parfois normal. À l’intérieur, en revanche, le flux ne s’arrête jamais vraiment.
À force, une fatigue particulière s’installe.
Une fatigue mentale, diffuse, difficile à expliquer.
Le journaling ne fait pas taire ce mouvement.
Mais il peut l’accueillir.
Quand la régularité devient une source de culpabilité
Les esprits qui fonctionnent autrement entretiennent souvent un rapport compliqué aux habitudes.
Commencer est facile. L’élan est là. L’envie aussi. Mais tenir dans le temps devient plus délicat. Ce qui était évident un jour disparaît le lendemain. Non par manque de volonté, mais parce que l’énergie et l’attention ne répondent pas toujours à la logique de la répétition.
Dans ce contexte, les discours autour de la discipline, de la constance ou des routines parfaites peuvent devenir culpabilisants.
Le journaling, tel qu’il est souvent présenté, n’échappe pas toujours à cette pression.
Or, pour un esprit atypique, la relation compte plus que la régularité. Revenir à l’écriture quand c’est possible. S’éloigner quand c’est nécessaire. Reprendre sans se punir.
C’est dans cette souplesse que la pratique peut réellement soutenir.
Le journaling comme contenant, pas comme méthode
Pour un esprit en mouvement, la page devient un contenant.
- Un endroit où déposer ce qui déborde.
- Un espace où les pensées peuvent s’étaler sans devoir être organisées immédiatement.
- Un lieu où l’on peut écrire par fragments, par listes, par mots isolés, sans chercher de cohérence.
Le journaling n’a pas besoin d’être linéaire pour être efficace.
Il peut être chaotique, désordonné, changeant.
C’est souvent dans cette liberté que l’apaisement commence.
Externaliser les pensées permet de réduire la charge intérieure. Ce qui était coincé dans la tête trouve un espace extérieur, plus vaste, moins saturé.
Écrire sans chercher à se concentrer
Chercher à se concentrer peut parfois accentuer la dispersion.
Le journaling offre une autre voie.
Il autorise l’attention à aller là où elle va, sans la contraindre.
- Écrire ce qui vient.
- Sauter d’un sujet à l’autre.
- Revenir en arrière.
- Changer de forme.
Ce mouvement naturel est souvent plus respectueux du fonctionnement intérieur que toute tentative de cadrage strict.
Peu à peu, quelque chose se régule de lui-même.
Non parce que l’attention est forcée, mais parce qu’elle est reconnue.
Le journal comme espace de régulation douce
Pour les esprits atypiques, le journaling agit souvent sur plusieurs plans à la fois.
Il soutient la régulation émotionnelle, en offrant un espace sûr pour déposer ce qui déborde.
Il soutient la régulation cognitive, en permettant de clarifier certaines pensées, sans pression.
Il peut même soutenir une régulation sensorielle, à travers le geste d’écrire, le contact avec le papier, le rythme des mots.
Ce soutien n’est ni spectaculaire ni immédiat.
Il s’installe par touches successives.
Et parfois, cela suffit à rendre une journée plus habitable.
Nommer un fonctionnement différent, sans se réduire à un mot
Certaines personnes utilisent aujourd’hui le terme neuro-atypique pour décrire ce type de fonctionnement.
Ce mot peut aider. Il peut rassurer. Il peut donner une grille de lecture, un soulagement, un sentiment de reconnaissance.
Mais il ne dit jamais tout.
Un esprit n’est pas un diagnostic.
Une attention atypique n’est pas une identité figée.
Le journaling permet justement de ne pas se réduire à une étiquette. Il laisse la place à la complexité, aux contradictions, aux nuances.
On peut y déposer ce que l’on vit, sans avoir à le faire entrer dans une case.
Inventer une relation personnelle à l’écriture
Il n’existe pas une seule manière de tenir un journal quand l’esprit fonctionne autrement.
Certaines périodes appellent des pages pleines.
D’autres, quelques mots.
Parfois, l’écriture disparaît au profit du dessin, du collage, de la liste rapide.
Tout cela compte.
Le journaling devient alors une relation à inventer, pas une pratique à maintenir coûte que coûte.
Il accompagne le rythme intérieur, au lieu de le contraindre.
Le journaling comme allié possible
Le journaling n’est pas une solution universelle.
Il ne remplace rien.
Il ne guérit pas.
Il n’ordonne pas.
Mais pour certains esprits, il devient un allié discret. Un point d’ancrage possible dans le mouvement. Un endroit où l’on peut revenir, même après de longues pauses.
Un espace qui n’attend rien, mais qui accueille.
Quand l’esprit fonctionne autrement, il ne s’agit pas de le normaliser.
Il s’agit de trouver des espaces où il peut respirer.
Le journaling est l’un de ces espaces possibles.
Pas toujours.
Pas de la même manière.
Mais suffisamment pour offrir un appui, quand le flux devient trop intense.
Peut-être que, comme le reste de la série, cet article rappelle simplement ceci :
le journaling n’est pas une pratique à réussir, mais un lieu où revenir, encore et encore, quand le besoin s’en fait sentir.








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